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Une situation salariale des plus préoccupantes

Un nombre record de salariés payés au Smic, des salariés à temps partiels ou sous contrat précaire en grande difficulté... la situation se dégrade et le nombre de salariés pauvres augmente.

Etrange paradoxe : les statistiques officielles ne cessent de parler d’une amélioration du pouvoir d’achat des salaires pourtant la situation des salariés se dégrade et le nombre de salariés pauvres augmente.

En fait, la comparaison des indicateurs de salaires et de prix ne suffit pas pour rendre compte d’une réalité beaucoup plus complexe. La précarité, l’absence de sécurité dans les parcours professionnels jouent non seulement sur les revenus, mais aussi sur la consommation (endettement qui se traduit par plus de frais financiers etc.) De fait, la gravité de la situation salariale est largement sous estimée. Certaines données sont pourtant particulièrement révélatrices.

Un nombre record de salariés payés au Smic

Jamais le nombre de salariés au Smic n’a été aussi élevé ! Avec 16,8 % de salariés au Smic en 2005, c’est un record absolu depuis que cette statistique existe. Cette situation est totalement anormale, car le Smic ne devrait concerner que les salariés sans qualification or les niveaux de formation des salariés s’élèvent. Il s’agit donc du résultat d’un politique délibérée.

Depuis la mise en place, en 1993 du système d’allègement des cotisations patronales sur les bas salaires, le nombre de Smicards n’a pas cessé de croître pour passer de 8,2 % de salariés en 1993 à plus du double aujourd’hui. Dans l’hôtellerie et la restauration, le nombre de salariés au Smicatteint 51,8% (et atteint 72,5 % des salariés à temps partiel). Par rapport à 2004, le nombre de salariés au Smic a encore augmenté (+ 1,5 points) alors que le secteur a bénéficié d’aides considérables soi-disant pour améliorer la situation salariale, aides encore renouvelées en 2006.

Le maintien des salaires à un niveau anormalement bas se confirme au niveau du salaire médian (niveau de salaire où on compte 50% de salariés payés en dessous et 50% payés au dessus).

Parmi les nations européennes, la France ne se situe qu’au 14e rang européen pour le salaire médian. Elle est la seule des grandes nations européennes à ne pas figurer dans les 10 premiers rangs. Selon l’Insee, le salaire médian a reculé en 2004 de 0,4% traduisant une baisse continue du paiement des qualifications. De la même manière, l’Insee a mis en évidence que les perspectives d’amélioration de carrière se réduisent. Sur 2 groupes d’ouvriers âgés de 40 à 59 ans observés en 1993 et en 2003, 30% devenaient techniciens en 1993 et seulement 25% en 2003. Le recul de la possibilité de promotion est encore plus significative chez les employés où elle passe de 50% à 43%.

Le creusement des inégalités

Des centaines de milliers de salariés ne touchent net par mois moins de 1000 euros, et cela dans des entreprises réalisant de forts profits telles que la grande distribution (les actionnaires de Carrefour par exemple ont vu leurs gains augmenter de 27% sur la période 2004 - 2005).

La très faible progression des salaires tranche avec celle beaucoup plus forte des autres revenus :

  • Les revenus du patrimoine augmentent de 6,1% en 2005, après 5,9% en 2004.
  • Les loyers encaissés : +7% après + 6,7 % en 2004. Selon la FNAIM, le coût du logement a augmenté de 28,1 % entre 2000 et 2004 (soit près de 4 fois plus que la hausse officielle des prix dans la période +7,3%).
  • Les dividendes explosent : les dividendes versés par les sociétés du CAC 40 ont progressé de 50 % en 2005, atteignant selon la lettre financière Vernimmen 24 milliards d’euros.

Il faut y ajouter les rémunérations démesurées de la plupart des dirigeants de groupes qui, selon un organisme patronal européens, se place largement en tête des salaires versés en Europe, avec une rémunération annuelle moyenne de 1 849 899 euros contre « seulement » 1 182435 euros à leurs homologues allemands . En moyenne les augmentations de salaires des dirigeants étaient de 13% en 2000, 20% en 2001, 36% en 2002 14% en 2003. Une situation scandaleuse qui n’a que trop duré.

Des salariés en grande difficulté

  • Les femmes : selon la Dares, l’écart de rémunération avec les hommes se situe à 24,8 %. Pour une situation de travail équivalente, l’écart de rémunération est encore de 11% totalement injustifié.
  • Les salariés des petites entreprises : dans les entreprises de moins de 10 salariés, le salaire moyen est inférieur de 25 % au salaire des entreprises de plus de 10. La proportion de salariés au Smic y atteint 34 %.
  • Les salariés à temps partiel : non seulement ils ne touchent pas un salaire mensuel complet - alors que très souvent le temps partiel leur est imposé (par des entreprises qui pourraient se doter d’une organisation du travail différente). Mais c’est encore chez eux qu’on rencontre le plus de smicards : 36,9%.
  • Les salariés en situation de contrats précaires, qui alternent périodes de travail et de non travail sans toujours parvenir à une durée de travail suffisante pour obtenir l’indemnisation du chômage.

Le relèvement du Smic au 1er juillet est l’occasion de donner le coup d’envoi d’une politique salariale fondée sur un partage plus équitable des richesses créées, plus conforme à la justice et au respect du travail. C’est le sens de la revendication du Smic à 1 500 euros défendu par la Cgt.

Article publié le 21 juin 2006.


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