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Banlieues : d’où viennent les mauvais coups ?

Au cours de ces derniers jours, l’émeute n’a cessé de s’étendre. Des milliers de voitures ont brûlé, des centaines de locaux et de magasins ont été saccagés. Les CRS et les policiers sont débordés, démoralisés, épuisés par l’épreuve. Les banlieues de nos grandes villes sont devenues autant de champs de bataille.

La cause immédiate de cette révolte a été la mort de deux jeunes qui, craignant d’être pris dans les filets d’une énième descente policière, se sont réfugiés dans une installation électrique. Mais au-delà de cet incident tragique, l’ampleur et l’extraordinaire vigueur de ce mouvement s’expliquent par les effets cumulés, sur plusieurs décennies, du chômage, de la pauvreté et de la discrimination sociale et raciale. C’est aussi une réaction au cynisme de toute cette classe parasitaire et corrompue qui trône au sommet de l’« ordre républicain », qui verse quotidiennement son mépris sur « la racaille des banlieues », et dont la mentalité réactionnaire s’incarne parfaitement dans le langage provocateur, méprisant et belliqueux de Nicolas Sarkozy.

Oui, les jeunes ont la haine. Mais, contrairement à ce que l’on entend souvent, la haine n’est pas toujours négative. La haine peut être un puissant levier d’émancipation humaine, dès lors qu’elle est dirigée contre l’injustice d’un système néfaste. Encore faut-il qu’elle ne soit pas bêtement attisée par des médias débiles, uniquement préoccupés par le sensationnel, le voyeurisme et l’audimat.

Du point de vue des militants syndicaux que nous sommes, il y aurait beaucoup à dire sur les méthodes employées par ces jeunes révoltés. Ce ne sont pas les méthodes du mouvement ouvrier. Ils se trompent de cible. On ne peut pas cautionner la destruction d’écoles, de crèches, d’entreprises ou même de véhicules. Mais de tels agissements sont dans la nature de ce genre de mobilisation. Avant l’émergence des premières organisations syndicales, au XIXe siècle, il arrivait souvent que des ouvriers désespérés détruisent des usines et des machines, ou s’en prennent à la propriété tous azimuts. Or, les jeunes dont nous parlons ne connaissent pas le monde du travail - et beaucoup de leurs parents en sont eux-mêmes exclus. Dans beaucoup de cités, le taux de chômage frôle les 40%. Parmi les jeunes eux-mêmes, beaucoup désapprouvent de telles actions - mais, à la différence de grévistes, qui disposent d’organisations et d’instances de décision collective, ils n’ont aucun moyen de les empêcher.

Quoi qu’il en soit, l’attitude du gouvernement et des médias envers de telles destructions est parfaitement hypocrite. Ils versent des larmes de crocodile. On comprend parfaitement la colère des travailleurs et des familles qui souffrent de ces destructions, et qui ne sont pourtant pour rien dans les causes sociales des émeutes. Ils sont eux-mêmes des victimes du capitalisme. Mais il faut bien se dire une chose : même s’il les émeutes devaient continuer pendant douze mois encore, elles auraient du mal à détruire autant d’entreprises, d’emplois et de services publics que le vandalisme des voyous - en costume-cravate, mais des voyous tout de même - qui siègent au MEDEF et à l’UMP.

Quelles réponses le gouvernement de Villepin apporte à la colère de ces jeunes : toujours plus de CRS, l’état d’urgence et le couvre-feu, qui visent aujourd’hui les petits-enfants des personnes vissées en 1955... Et pour couronner le tout, il profite de cette grave crise pour casser encore le droit du travail en abaissant l’age de la scolarité obligatoire de 16 à 14 ans en autorisant l’apprentissage à 14 ans alors que ce sont ces jeunes qui ont le plus besoin de l’école de la république. Le cynisme des Chirac Sarkosy Villepin est sans limite. Ils profitent de chaque occasion pour accorder de nouveaux cadeaux au MEDEF et à leurs amis.

Article publié le 7 novembre 2005.


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