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Alors que les attentes sociales se sont exprimées très fortement le 29 mai, il apparaît que les premières orientations et décisions du nouveau gouvernement en matière d’immigration ne se font pas attendre. La Cgt les condamne très fermement.
Le discours de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, autour d’une convention pour un « projet populaire sur une immigration choisie et une intégration réussie » et la mise en place du Comité interministériel de contrôle de l’immigration, le vendredi 10 juin par M. de Villepin, Premier ministre, ainsi que les premières propositions d’actions annoncées par voie de communiqué, soulèvent notre indignation.
Il est prévu une augmentation du nombre des éloignements d’étrangers en situation irrégulière, qui devrait, d’après M. Sarkozy, atteindre 50 % en 2005. Nous avons largement condamné les lois Sarkozy sur les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France (26 novembre 2003) et de Villepin sur la réforme du droit d’asile (11 décembre 2203), lesquelles, fondées sur la suspicion systématique de fraude et la remise en cause du droit d’asile, verrouillent complètement toute possibilité, pour un étranger, d’obtenir un titre de séjour. La conséquence est que ces hommes et ces femmes qui émigrent en France pour fuir la misère ou la guerre n’ont d’autre choix que de vivre précarisés, surexploités, cachés et terrifiés.
L’accélération de la mise en œuvre de la biométrie pour l’enregistrement des demandes de visa, autre proposition de ce Comité, ne peut que soulever chez tout citoyen une inquiétude très forte, pour ce fichage systématique, que nous avons déjà exprimée quant à nous, concernant la mise en place de la nouvelle carte nationale d’identité « à puce », véritable atteinte aux libertés individuelles.
« L’adaptation de notre pratique en matière d’immigration aux besoins de l’économie française », autre mesure phare, est une politique des quotas qui ne veut pas dire son nom. Ainsi, la France choisira l’immigré utile, celui que l’on ira chercher dans son pays au gré de nos besoins, pour un emploi précis, pour une durée précise. Balayés, le droit d’asile, le droit au regroupement familial, le droit de vivre, tout simplement, là où l’on peut vivre. Que dire du devoir de solidarité qu’ont les pays riches à l’égard des pays pauvres, si l’on ajoute que « l’évolution de la politique d’accueil des étudiants étrangers », Nicolas Sarkozy le dit clairement, affirme la volonté d’attirer, de par le monde, les « meilleurs étudiants étrangers dans les meilleures filières », au détriment de ces pays où l’on organise la fuite systématique des « cerveaux » ?
Enfin, le dispositif prévoit la mobilisation des services publics pour lutter contre le travail illégal. Nous pourrions nous réjouir de cette mesure : le Code du Travail prévoit la sanction de l’emploi illégal de main d’œuvre.
Alors, nous disons : Messieurs Sarkozy et de Villepin, cessez l’hypocrisie ! Sanctionnez ces patrons qui paient des salaires de misère à des étrangers « sans-papiers », appliquez les peines prévues par le code du travail et le code pénal ! Quand mettrez-vous en prison un patron, même Français, coupable de ce délit ?
Quand la France signera-t-elle la convention de l’ONU du 18 octobre 1990, qui organise la protection des migrants et de leurs familles ?
La Cgt réaffirme le devoir de solidarité envers les ressortissants des états les plus pauvres, son refus des quotas, et, comme l’a indiqué Bernard Thibault à l’occasion de la manifestation interprofessionnelle du 9 juin, nous disons « Pour nous, ce n’est pas le métallo polonais qui est en cause. Chaque travailleur, où qu’il se trouve, doit être reconnu et doit pouvoir vivre dignement de son travail en Europe comme partout dans le monde ».
Communiqué de la Confédération Générale du Travail
Article publié le 15 juin 2005.